Violences conjugales : nous ne sommes pas sortis de l’auberge

Aujourd’hui, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint. Cette situation n’est plus supportable. C’est pour faire changer les choses que le gouvernement a lancé le 3 septembre 2019, le premier Grenelle contre les violences conjugales.

De nombreuses mesures ont été prises, mais malgré les avancées, les associations féministes mobilisées sur le sujet attendaient beaucoup plus. Plus que des mesures, elles demandaient le déblocage d’un milliard d’euros. Et pour cause, tous les jours, de nombreuses femmes sont victimes de violences de la part de leur conjoint.

Grenelle contre les violences conjugales : les mesures prises par le gouvernement

Le Premier ministre Edouard Philippe, accompagné de Marlène Schiappa, a annoncé une série de mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes et aider les victimes.

Mesures pour mettre les femmes à l’abri :

  • Création de 1000 nouvelles places d’hébergement et de logement temporaires à partir du 1er janvier 2020 ;
  • Lancement d’une plateforme destinée aux associations de géolocalisation des hébergements disponibles ;
  • Accès à la garantie Visale (garantie locative) facilité.

Mesures pour éloigner les femmes de leur agresseur :

  • Port d’un bracelet électronique anti-rapprochement dans les 48h après le prononcé de la mesure par un juge. Si le conjoint violent s’approche trop près de la victime, les forces de l’ordre sont automatiquement prévenues.

Mesures de protection de la mère et de ses enfants en limitant l’exercice parental du père violent :

  • Le juge peut suspendre ou aménager l’exercice de l’autorité parentale ;
  • En cas de féminicide, le droit de l’autorité parentale est directement suspendu.

Plusieurs associations féministes jugent que ces mesures ne sont pas suffisantes. Elles s’attendaient à une mobilisation massive et réclamaient le déblocage d’un milliard d’euros pour en finir une bonne fois pour toutes avec les violences faites aux femmes.

En 2018, le ministère de l’Intérieur a recensé 121 féminicides. A la veille du Grenelle de septembre 2019, ce chiffre est monté à 101.

Ilyass Maarouf, histoire trop banale de violences quotidiennes

Le jeudi 22 août, à Vaulx-en-Velin, une femme a été victime de violences. Retour sur un fait divers, avec cette histoire que nous a raconté Aline, pour illustrer les violences qui touchent de nombreuses femmes au quotidien.

Ilyass Maarouf, DJ à Vaulx-en-Velin et employé au Club Med, attendait Aline à la sortie de son travail à 15h30 à Villeurbanne. Il cherchait à la faire changer d’avis concernant leur rupture. Devant le refus de son ex-compagne, restée à bord de sa voiture, Ilyass s’empare de son téléphone, fixé sur le tableau de bord. Celle-ci sort alors de sa voiture pour tenter de récupérer son téléphone. C’est à ce moment qu’Ilyass Maarouf devient agressif. Il pousse une première fois la jeune femme, puis une seconde fois beaucoup plus fort. Aline tombe alors sur la route pleine de circulation. L’agresseur en profite pour partir en voiture avec le téléphone de la jeune femme. Inquiète, elle se débrouille pour prévenir sa mère qui se charge d’appeler Ilyass Maarouf pour lui demander de rapporter le téléphone. L’homme dit s’être calmé et indique qu’ALINE peut venir récupérer son smartphone chez lui, à Vaulx-en-Velin.

Arrivée sur place, alors qu’elle est encore dans sa voiture, Ilyass Maarouf informe Aline qu’il a « déposé » son téléphone chez elle. En réalité, dans son excès de colère, il a jeté l’appareil sur le toit de la maison. A ce moment, la violence monte d’un ton.

Ilyass Maarouf commence à frapper Aline avec une bouteille d’eau remplie. Elle sort de la voiture et l’agresseur lui donne plusieurs gifles, lui crache dessus et lui donne des coups de pied. Certains membres de la famille d’Ilyass assistent à la scène et tentent de le calmer. Celui-ci s’attaque alors à la voiture d’ALINE, s’empare de son sac, le fouille et prend ses clés. Il saute dans le véhicule et s’enfuit avec. Il revient un peu plus tard à pied, les clés à la main et lorsque la jeune femme lui demande ce qu’il a fait de sa voiture, il la frappe à nouveau et jette le trousseau sur le toit d’un bâtiment annexe. Lorsqu’elle essaie de discuter avec les personnes occupant le bâtiment pour récupérer ses clés, Ilyass Maarouf en profite pour monter sur le toit et provoquer la jeune femme. Il lui demande de la rejoindre pour venir récupérer ses clés. Essuyant un nouveau refus, il jette les clés plus loin sur le toit et s’en va enfin. Aline peut alors récupérer ses clés sur le toit. Elle monte dans sa voiture garée plus loin et part immédiatement porter plainte au commissariat de Vaulx-en-Velin. Une composition judiciaire aura également lieu le 25 septembre 2019.